Théâtre du Vieux-Colombier
Yerma

Du 20 mai au 29 juin
De Frederico Garcia Lorca
Mise en scène : Vicente Pradal
Ce soir, je me dirige dans le somptueux théâtre du Vieux –Colombier pour aller voir le deuxième volet de la trilogie rural de Lorca, Yerma. Le rideau s’ouvre sur des planches sombres. Une petite lumière éclaire Rafael Pradal, qui entame sur son clavier, une musique andalouse pleine de traditions, de croyances. Les voix d’Alberto Garcia et de Paloma Pradal l’accompagnent majestueusement et rajoutent à cette force.
Il en faut car le thème est dur. Une femme ne réussit pas à obtenir l’enfant dû. De sa volonté dépend son existence. Son utilité est
liée à cette création. Alors quand le temps donne aux femmes des courbes arrondies, coule dans les veines de Yerma, la démesure violente d’un désir
vital.

Pourquoi ? Pourquoi Dieu ne lui donne pas à elle aussi un but ? Pour la vieille du village, il n’y a pas de Dieu.
Il est assez incroyable de constater l’actualité de cette pièce et son côté révolutionnaire. Trois actes et six tableaux pour des messages forts. La femme doit être vouée à son mari. C’est une femelle dont l’instinct principal et unique est d’assurer son foyer. La religion n’est qu’un leurre créé par les hommes. Et puis les non dit, pesant, envahissants. Quand la femme s’éclipse du foyer, le mari est inquiet. Sa place est à la maison. Que diraient les voisins de sa conduite ?
Le flamenco final , archétype du mâle et de la femelle, tellement sexué, comme un rituel, pourrait nous faire croire à tout. Yerma va
partir, réussir à se libérer de cette tragédie. Elle sera enceinte, finalement. En réalité sa vie n’est plus qu’agression et incompréhension. Le drame n’est pas loin. Coraly Zahonero stupéfie.
Entre grâce, beauté, force, elle est simplement parfaite. Yerma, c’est elle, magnifiquement.
Ne souhaitant pas tomber dans la mièvrerie d’un vocabulaire positivement restreint, je terminerai là cette chronique et ne peut que vous inviter à voir le destin d’une femme forte.
Marie