Mercredi 25 juin 2008

DES POUPEES ET DES ANGES 

 

Un film de Nora Hamdi

 



Sortie le 25 juin 2008

 

Avec : Leïla bekhti, Karina testa, Samy Nacéri, Samuel Le Bihan, Fejria Deliba

 


DES CLICHES, RIEN NE CHANGE

 

Si vous souhaitez passer un moment drôle et exaspérant à la fois, courez voir « Des poupées et des anges ».

La réalisatrice, Nora Hamdi, a commencé par écrire un roman, publié aux éditions du Diable vauvert, avant de passer le cap fatidique de la réalisation cinématographique. Et elle n’aurait peut-être pas dû tenter le Diable.
 

Pour ne pas avoir lu le roman, je me garderai bien de juger ce qui a inspiré le film. Le scénario du film correspond tout à fait à cette nouvelle littérature qui s’attache à décrire la vie des banlieues françaises à travers les yeux de petites héroïnes aussi courageuses que dévouées à leurs familles. Des filles qui aiment la tradition mais qui la remettent en cause à la fois. Cette nouvelle littérature met toujours en scène le même genre de familles : des pères violents, des hommes globalement agressifs, opposés à des épouses soumises tenant leurs familles à bout de bras, et réalisant à travers leurs filles indépendantes une émancipation qu’elles n’atteindront jamais. Au niveau technique, une narration toujours saccadée, des mots simples, un style émaillé de néologismes que les non initiés ne peuvent pas toujours comprendre.

Le film reflète tout à fait ce nouveau genre de roman car les dialogues sont souvent directement tirés du livre. La réalisatrice a parfois du mal à trancher entre la réplique de film et le monologue littéraire, ce qui donne lieu à des plans étranges où la narratrice déclame des pans de roman pendant que la caméra filme la cité et ses habitants. Une des héroïne du film slam sur les textes du livre. Un décalage parfois malhabile…
 

Mais encore, pour un premier film, ce genre d’erreur n’est pas totalement rédhibitoire. Ce qui dérange beaucoup plus dans ce long-métrage, ce sont les clichés qui sont délayés encore et encore tout au long du film. La bande-annonce, bien au contraire, promettait un scénario novateur et potentiellement intéressant. Deux sœurs d’origine kabyle, Lya (Leïla Bekhti) et Chirine (Karina Testa) vivent dans une cité banale de la région parisienne. Le père (Sami Naceri) bat ses filles et son épouse sans vergogne (au début du film, une scène particulièrement brutale tourne au ridicule). Il ne supporte pas que son aînée soit devenue une femme fatale qui joue de ses atouts pour devenir mannequin, et que sa seconde soit au contraire un garçon manqué passionnée de taekwondo. L’épouse (Ferjria Deliba), dépourvue de nom (appelée « la mère » dans la fiche film) se tait et reçoit les coups tandis que la benjamine agace par sa fausse candeur. Une fois le tableau brossé, les choses se corsent. Chirine se fait recruter par un agent véreux (Gianni Giardinelli, sans doute ancien candidat de télé réalité sur le cable, pas une once de crédibilité) qui la fait sombrer dans la prostitution.

Lya étouffe et purge son âme en écrivant de la prose sur le toit de son immeuble. Le père perd sa motricité à cause d’un accident (bien fait, les femmes vont pouvoir se venger… elles n’en feront rien) et reste borné pendant que ses filles se détruisent.

Sur le papier, ça paraît intéressant. Sauf, que ce qui voudrait être une critique socio-politico-scénaristico-cinématographique, n’est qu’une suite de stéréotypes enchaînés les uns aux autres et les uns derrière les autres.

Alors effectivement, la réalisatrice dénonce le fait que la vie en banlieue n’est pas facile. Oui, elle a raison, mais non à l’éternel cliché des méchants-blancs-riches qui règnent sur Paris et qui n’interpellent les jolies Kabyles que pour leur dire qu’ils aiment le couscous (ce à quoi l’ingénieuse Chirine répond par : « Moi quand je rencontre un « Français », je ne lui dis pas : Jean-Pierre, j’adore le camembert. » Lumineuse réflexion.)
  

Non, à Samuel Le Bihan, en publicitaire plein aux as, prêt à marier Cendrillon-Chirine parce que sa beauté « exotique » le change des blondes sur papier glacé.

Non au jeu incompréhensible, voire détestable de Sami Naceri. Deux options possibles : il a un problème d’élocution ou bien il  fait exprès.

Non aux fausses scènes trash, de nudité, de sexe, de coups. Gênant, incohérent. On pourra citer un autre morceau de choix : la pauvre Chirine (qui n’avait pourtant rien demandé) se retrouve dans une orgie organisée par son agent-mac. Ne sont présents que de méchants-gros-riches-blancs qui écoutent de la « flûte médiévale » (textuellement dans le film) et vendent des antiquités. Bien sûr, ils tentent de violer Chirine, qui comprend alors qu’elle doit arrêter de vendre ses charmes pour réussir. Il faut bien prendre conscience des choses un jour.

Et enfin, non au happy end grisailleux où le gentil Phoebus- Samuel Le Bihan prend pour épouse son Esmeralda-Chirine en apportant au repas familial un joli gâteau Fauchon pour dédommager le papa de la perte de son aînée.

Le ridicule ne tue pas, mais presque.
 

Mais heureusement, la petite dernière nous promet à la fin, sur les genoux de papa, qu’elle deviendra architecte, pour sauver l’honneur.

 

Pourrons-nous un jour parler de la banlieue et de ses femmes sans tomber dans la caricature ? Loin des poupées, des anges, des démons et des clichés.

 

Lise B.

 

 

par Culture Sans Censure publié dans : Première page
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